Lorsque j’ai vu « Family Life », de Ken Loach, en 1971, j’ai reçu comme un coup de poing dans l’estomac.
J’ai ressenti cette même sensation avec son dernier film « It’s a free world ».
Non pas qu’entre temps je n’ai plus vu aucun film de Ken Loach, ou vu d’autres films qui m’aient secouée, fait vibrer, pleurer, rager….rire aussi bien entendu !
D’aucuns diisent que ce n’est qu’un film militant qui « nous interroge de manière rigoureuse et démonstrative sur les conséquences du libéralisme »
D’autres, vitupérent à l'encontre de l’engagement politique de Ken Loach…
Oui, il aborde des sujets d’actualité brûlants : la traite des travailleurs immigrés, l’appât du gain…la réussite sociale à tout prix….
Mais rien à voir avec une démonstration manichéenne et simpliste.
La force du film tient à ce constat : il est si simple de passer de l’autre côté, de l’esclave au maître, de l’exploité à l’exploiteur….en (presque) toute bonne conscience…
D’ailleurs, notre jeune et sémillante bimbo « exploiteuse », n’est-elle pas elle-même une victime.
Victime de la société libérale et bien pensante, victime du sexisme et harcèlement sexuel.
Ne fait-elle pas, finalement, que défendre sa peau et celle des siens (son fils).
Brave et solide petit soldat , ambitieuse (sûrement)…mais courageuse…, elle travaille toujours plus…pour gagner toujours plus (Tiens ?!...)
En plus, elle est belle cette amazone moderne, tout de cuir noir vêtue, sur sa monture toute vrombissante. Elle est sympathique, moderne, elle a des besoins…que du normal, non ?!
Elle se paye même le luxe de « renverser » le droit de cuissage »..Quelle revanche !
Oui, elle pense d’abord à elle et aux siens : c’est humain… mais toujours en première ligne. Elle prend des risques, les mains dans la merde et accusent les coups,
…bon d’accord toujours aux dépends des plus faibles, des plus fragiles….les travailleurs immigrés et leur famille…puis les clandestins encore plus marginalisés…
Insidieusement, par nécessité (presque) elle va toujours plus loin dans l’exploitation des plus
faibles et la perte de son « humanité ».
Film moraliste direz-vous alors….oh ! non, c’est plus grave que cela : comment perdre son âme pour quelques cacahuètes en quelque sorte…parce que cette perte d’humanité elle se fait
graduellement, au quotidien, …
Elle est, en quelque sorte, justifiée par « ceux » qui font pire…les mafias, les gouvernants, les puissants, etc…
Etre un « salaud » à petit échelle est-ce aussi grave qu’être un salaud à grande échelle ?
That is the question in the free world !
Dans le domaine de la relativité, l’échelle des possibles et passables est infinie !
Sur le plan cinématographique, j’apprécie en particulier le classicisme et l’esthétisme du réalisateur : plans nerveux, rapides et explicites, dialogues courts et riches, et surtout…. la scène où
la caméra nous présente l’épouse du pakistanais clandestin, par un plan fixe (quelques secondes) sur le reflet de sa nuque dans un petit miroir mural…ce clair-obscur, cette profondeur du champ
qui renvoient aux hollandais du XVIè siècle…une petite merveille fugitive !